mardi 6 janvier 2026

PARIS SOUS L'OCCUPATION - 1ère partie


Les drapeaux rouge sang planent sur Paris. Les couleurs de cette photo rendent encore plus violente la présence de ces étendards mortifères.

Cet article est né d’un constat : à trop évoquer les mêmes événements, de la même manière, on finit par s’en détacher, prendre ses distances avec l’histoire. On s’habitue à l’horreur en quelque sorte. C’est froid, c’est factuel, c’est loin.

Et puis, un jour on apprend, par exemple, que la Kommandantur, dont on a entendu parler 100 fois dans des films ou des documentaires, se trouvait place de l’Opéra. Soudain, la localisation exacte rend les choses concrètes et réelles. On rétablit alors le lien avec l’histoire. C’était ici même, il y a 80 ans de cela. Tout d’un coup le passé revit et l’histoire n’a plus rien d’une abstraction.

C’est ce qui m’a donné l’idée de retrouver les endroits clés de l’une des périodes les plus noires de l’histoire de notre pays, et de comparer l’horreur de l’époque avec ce que sont devenus les mêmes lieux aujourd’hui.

Alors, avant toute chose, soyons clairs : je ne suis nullement historien. Je n’en ai ni les compétences, ni la vocation. Ce serait pour moi une insulte faite aux véritables archéologues du passé que de vouloir seulement établir une chronologie des événements qui ont constitué la seconde guerre mondiale.

Ma démarche consiste bien plutôt à essayer de transmettre un témoignage (même fragmentaire) de ce qu’a été la vie des Parisiens durant l’Occupation. Les files d’attentes, les carnets de rationnement, les déportations… Bref, ce qui constituait (tristement) le quotidien des Parisiens à partir du 14 juin 1940, date de l’arrivée des Allemands à Paris, jusqu’à la Libération le 25 août 1945.

Pour ce faire, j'ai choisi de procéder à une approche par arrondissement, indépendamment de toute chronologie.

Le côté pharaonique de ma démarche me conduit à scinder mon article en deux parties distinctes. Je vous présente aujourd'hui les 8 premiers arrondissements. Les 12 autres seront traités dans un second article. 


1ER ARRONDISSEMENT


Une image très douloureuse : la police contrainte de se mettre au service de l'occupant. Ce ne sera, hélas, pas la dernière fois.

Ce que protègent avec autant de zèle police française et armée allemande n'est rien d'autre que l’hôtel Le Meurice (situé au 228, rue de Rivoli). En effet, dès le mois de septembre 1940, l'état-major du commandant de la ville de Paris (Der Kommandant der stadt Paris) investit cet hôtel. Il servira, dés lors, de quartier général aux forces d'occupation allemandes. Il servira également de logement aux gouverneurs militaires du « Grand Paris » (Groß Paris) qui se succéderont. (On a beau être militaire on n’oublie pas de se faire plaisir, au passage, hein !). Le dernier hôte du lieu ne sera autre que le général Dietrich von Choltitz (Nous en reparlerons plus bas).


Photo de propagande montrant les sentinelles du Wachregiment devant l’hôtel Le Meurice.
Si les voitures sont interdites à la circulation sur ce tronçon de la rue de Rivoli (comme sur une bonne partie des grands boulevards), la vie continue cependant à s'organiser... à vélo!

L'officier qui contemple la perspective de la rue de Rivoli est-il le général Dietrich von Choltitz ?   
Rappelons que Dietrich von Choltitz est rentré dans légende pour avoir sauvé Paris en ne transmettant pas l'ordre de destruction de la capitale, provenant d'Hitler en personne. Nuançons cependant le propos : si le général n'a pas transmis l'ordre de rayer Paris de la carte, ce n'est nullement par amour de cette ville, comme il le prétend, mais par pur calcul cynique : il savait qu'il augmentait ses chances de ne pas être fusillé à Libération en se présentant comme le sauveur de Paris (et non pas comme son bourreau). Etant donné qu'il ne fut pas inquiété à la Libération, le calcul du général se révéla donc parfaitement payant.

Ouverte en 1903, la librairie anglo-saxonne WH Smith ferme ses portes pendant l'Occupation. Les nazis brûlent les livres et la librairie devient une officine germanique, le Frontbuchhandlung ("la librairie du front"). Instrument de propagande à destination des soldats allemands, elle est sous le commandement de la Wermacht. 
Au 248, rue de Rivoli, la librairie WH Smith a repris sa juste place, et le drapeau tricolore remplace avantageusement la bannière à croix gammée.

Une fanfare allemande proclamant la victoire du IIIème Reich déambule à travers la capitale.
La place Vendôme dans la perspective de la rue Castiglione.

Les statues de la place de la Concorde et des Tuileries sont mises à l'abri des bombardements dans des tranchées de fortune. Dans cette magnifique photo de Robert Doisneau, les sculptures elles-mêmes semblent craindre les bombes et scruter les cieux d'un air inquiet...

Désormais, les statues ont repris leur place légitime sur leur piédestal et le mur de protection du jardin des Tuileries a disparu.

Nouvelle magnifique photo de Robert Doisneau où, métaphoriquement, les statues  semblent craindre la mort venue du ciel, tout en redoutant le mur qui les encercle...

Même localisation que la photo précédente, mais prise dans l'autre direction. Le bâtiment dont on aperçoit les fondations n'est autre que le musée de l'Orangerie.

Encore une photographie démontrant le génie de Robert Doisneau ! Je pense que cette photo résume parfaitement l'époque et se passe allégrement de tout commentaire.
Au Jardin des Tuileries, les chaises sont encore là, les amoureux non...

Malgré la présence de l'Occupant, la vie continue à Paris. (Photo prise non loin du marché des Halles.)
Le bar a changé de nom, il reste cependant toujours présent au 1, rue Montorgueil.

Les pavillons des Halles Baltard sont visibles à l’arrière-plan de la photo. Ils sont l’œuvre de l’architecte Victor Baltard, sur ordre de Napoléon III, il fait ériger douze bâtiments de fer, de fonte et de verre, entre 1850 et 1870. Il s'agit ici des Halles centrales de Paris, soit le marché principal de la capitale.

La démolition des Halles Baltard a commencé en 1971 et s'est achevée en 1973. Après la valse des projets successifs, c'est finalement en 1979 que le nouveau Forum des Halles est inauguré. Il faudra moins de 30 ans pour que les nouvelles Halles soient à leur tour détruites et remplacées par un jardin et une canopée... jaune !

Dans la nuit du 23 au 24 septembre 1943, un bombardier anglais Lancaster, de retour de mission de bombardement sur Mannheim, est attaqué par un chasseur allemand. Le combat les amène au-dessus de Paris. Déjà endommagé, l’avion anglais est finalement atteint par la DCA de la capitale. Le pilote tentera désespérément d’atteindre la Seine pour s’abimer dans les flots, mais il s’écrasera finalement sur le magasin du Louvre, éparpillant des débris sur tout le quartier. Si aucun des membres d’équipage n’a survécu, miraculeusement, aucun Parisien ne fut même blessé durant le crash.

Le bombardier Avro Lancaster, après avoir accroché des cheminées à l'angle des rues Vauvillers et Saint-Honoré vient s’écraser au niveau du 151, rue de Faubourg Saint Honoré. Bien que, contre toute attente, les façades soient conservées, un incendie a cependant ravagé l’intérieur du bâtiment, laissant un immense cratère en son centre. 


La plaque commémorative de l'événement qui ornait le 151,bis rue Saint Honoré, a disparu à compter de 2021, date à partir de laquelle le bâtiment a connu de sévères remaniements, entrainant la disparition de la susdite plaque.

Les restes du bombardier examinés par les autorités allemandes.

Difficile, de nos jours, d'imaginer la rue du Faubourg Saint Honoré encombrée des restes d'un aéroplane !


2EME ARRONDISSEMENT


Le Parisiana a été ouvert en 1894 en tant que café-concert. En 1910, il est transformé en salle de cinématographe, avec pas moins de 1500 places assises ! Durant l’Occupation, la salle se transforme en "Soldatenkino", un cinéma pour soldats allemands (un peu comme le Rex, dont nous parlerons plus bas).
De nos jours, plus de Soldatenkino, au 27, Boulevard Poissonnière, mais une Grande Récré !

Au moment de son inauguration, en 1932, Le Rex était l’un des plus grands cinémas d’Europe. Il pouvait accueillir 2.800 spectateurs. A l’arrivée des Nazis, il est réquisitionné, le 2 mai 1941, et sera, dès lors, uniquement réservé aux soldats allemands (à l'instar du Parisiana). Les films de propagande, approuvés par le régime nazi, étaient au programme. A noter que tous les grands boulevards, de l’Opéra à la République, étaient interdits aux cyclistes et aux voitures sans laissez-passer.
Le Grand Rex a, désormais, repris sa vocation généraliste, au 1, boulevard Poissonnière.

La sécurité est maximale devant l'ex Rex, et pour cause : le 16 septembre 1942, des résistants du Détachement Valmy (PCF) ont posé une bombe devant le cinéma. Elle tue trois Allemands et fait une vingtaine de blessés.
Le Grand Rex, côté du boulevard Poissonnière.

Cette photo m’amène directement à la problématique principale rencontrée avec par article ! Comme je le disais en introduction, plus qu’un récit historique, je voulais, avant tout, rendre compte de la vie quotidienne des Parisiens durant l’Occupation. Cette démarche en vaut bien une autre, mais elle présente cependant un inconvénient majeur : les photos étaient tout simplement interdites pendant l’Occupation ! Ainsi nombre de photos ici présentées sont des photos de propagande, ou du moins autorisées par les Nazis. Dieu merci, il y eut des anonymes pour témoigner de l’Occupation, en prenant des photos au péril de leur vie. Parmi eux, citons notamment Raoul Minot (dont une enquêté récente du Monde a révélé le nom). Cet aimable employé du Printemps a pris plus de 700 photos de la capitale entre 1940 et 1942. Il a utilisé le laboratoire photographique du grand magasin pour développer ses photos (dont certaines ont été vendues à la Résistance). Le verso de ses clichés clandestins était souvent occupé par des commentaires acerbes contre l’occupant (et les collaborateurs et collaboratrices). A la suite d’une dénonciation (a priori d’un collègue) il sera arrêté et déporté en 1943. 
Les soldats du IIIème Reich ont désormais trouvé le chemin de leur maison... Mais ne sont pas rentrés chez eux en métro. La station Richelieu-Drouot, de nos jours. 



3EME ARRONDISSEMENT


Les choses sont claires : si tu t'approches de la République, tu es mort !
De nos jours, la place de la République est nettement plus accueillante.

La police française effectue des contrôles dans la rue. Les Juifs sont particulièrement visés. (Photo datant d'août 1941)
Désormais, seuls les bouchons aux heures de pointe arrêtent la circulation du boulevard Voltaire.


4EME ARRONDISSEMENT


Contrairement à nombre d’autres villes d’Europe de l’est, Paris n’a pas eu de ghetto juif durant la seconde guerre mondiale. La communauté juive s’étant installée dans le Marais dès le XIIIème siècle, le quartier n’était pas un espace d'isolement imposé par la force. Les Juifs s'y sont installés librement, attirés par l'existence d'une communauté préexistante. Cependant, la population juive parisienne a été soumise à des mesures discriminatoires et coercitives de la part des Nazis et du gouvernement de Vichy, notamment des restrictions de déplacement et le port imposé de l'étoile jaune... 


Si l'enseigne a changé (pour les raisons que l'on imagine) c'est toujours une pâtisserie qui occupe le 27, rue des Rosiers.

En France, le port de l’étoile jaune est rendu obligatoire en zone occupée par une ordonnance allemande du 29 mai 1942. Tous les Juifs, âgés de plus de 6 ans, doivent alors la porter de manière bien visible chaque fois qu'ils se montrent en public, sans quoi, même à la suite d'une négligence, ils s'exposent à une amende ou même à une détention. Ce port obligatoire de l'étoile jaune marque le début de l'affichage au grand jour de la politique d'antisémitisme.

Le croisement de la rue des Rosiers et de la rue des Hospitalières Saint-Gervais.

Triste spectacle étoilé.
La rue des Rosiers en direction de la rue Vieille du temple.

Au début de la guerre, des sacs de sable ont été disposés devant les sculptures de la façade de Notre-Dame de Paris afin de la protéger des bombardements. Les Allemands, devenus maitres de Paris, procèdent au dégagement de la cathédrale.
Une guerre et un incendie plus tard, Notre Dame est à nouveau librement accessible.

Triste spectacle du parvis de Notre Dame totalement occupé (!) par les soldats allemands.
S'il y a toujours des Allemands, devant Notre Dame, ce ne sont, cette fois, que des touristes !

Séance de tourisme pour les soldats du IIIème Reich.
Notre Dame, vue depuis le Pont de l'Archevêché.



5EME ARRONDISSEMENT


Une magnifique traction garée place du Panthéon.
L'école de Droit de la Sorbonne - Université Paris 1 reste inchangée, même si l'aménagement de la place a été totalement revu.

"Pour Invalides, changez à Opéra"
L'agent de police a fini par expliquer au soldat allemand comment rentrer à la maison. Qu'il en soit remercié. Quoi qu'il en soit, nous sommes ici rue Soufflot.

Vue dégagée sur le Panthéon. Notez l'absence de véhicule.
Un opticien a remplacé la librairie du 19, rue Soufflot.

Durant la seconde guerre mondiale, les abris anti bombardement ont fleuri à travers la capitale. Ils constituaient, malheureusement, un passage obligé régulier pour tous les Parisiens.
De nos jours, difficile d'imaginer, face à ce portail un brin austère, que ce passage, situé au 138, rue Mouffetard, était synonyme de sanctuaire pour les Parisiens.

La Librairie de la rive gauche s’est installée en avril 1941 à la place du café d’Harcourt qui avait fermé en 1940. Il s’agit, en réalité, d’un organisme ouvertement collaborationniste (et pour cause, la librairie est placée sous le contrôle du service de propagande allemand). La librairie est aussi le siège parisien de l’Institut allemand, chargé de la pénétration culturelle allemande en France. La librairie subira deux attentats (les étudiants de la proche Sorbonne n'y sont pas tout à fait étrangers) sans que cela ne l’empêche de nuire durablement. La Libération y mettra bon ordre.

Les collabos ont disparu du 47, boulevard Saint-Michel, remplacés par un magasin de jouets.

La Sorbonne et la sinistre librairie au premier plan.
La place de la Sorbonne, de nos jours.


6EME ARRONDISSEMENT


Dès 1934, pour faire face à la possibilité de plus en plus crédible d’une guerre, l’état français décide de faire construire des abris souterrains à l’épreuve des bombes et du gaz, sous le Sénat, afin de protéger les institutions et leur fonctionnement. Lorsque les Allemands rentrent dans Paris, ils réquisitionnent les lieux. Le Palais du Luxembourg est occupé pendant quatre ans par l'état-major général de la Luftwaffe pour tout le front de l'Ouest. Fin 1943, les Allemands décident de construire un énorme blockhaus bétonné, qui marque le début d’un vaste réseau souterrain. Lorsque Paris est libéré, en aout 1944, et que le chantier est abandonné, 7 galeries étaient complètement terminées.
Difficile d'imaginer, aujourd'hui, qu'un blockhaus trônait dans l'enceinte du Palais du Luxembourg !

Je prends un peu d'avance sur la fin de la guerre, mais je ne résiste cependant pas au plaisir de publier une image de la future déroute allemande...
Les promeneurs du Jardin du Luxembourg sont loin d'imaginer le drame qui s'est noué, ici même, 80 ans plus tôt.

Le bunker massif et imposant du Luxembourg.
Le bunker a, heureusement, totalement disparu du Luxembourg.

Scène de la vie quotidienne : les soldats allemands se mêlent à la population parisienne.
Les Nazis ont disparu au coin du 58, boulevard Saint-Michel.


7EME ARRONDISSEMENT


L’armistice actant la défaite de la France à peine signé, Hitler organise un petit voyage express. Il atterrit au Bourget à 5h30 le 23 juin 1940. Son escorte est composée d’une trentaine de personnes, parmi lesquelles le sculpteur officiel du IIIème Reich, Arno Breker, et l'architecte Albert Speer. A 6 heures, le cortège arrive à l’Opéra Garnier, puis se rend à l’Eglise de la Madeleine, enchaine avec la Place de la Concorde. ll se rend ensuite à l’Arc de Triomphe, continue jusqu'au Trocadéro avec la Tour Eiffel pour toile de fond, se dirige ensuite vers les Invalides (avec une visite au tombeau de Napoléon), et termine sa Blitz Besuch (« visite éclair ») au Sacré-Cœur. Le voyage s'achève à peine 3h après son début. A 8h30, il est temps pour le Führer de rentrer à la maison.
Notez que, si le Dôme des Invalides n'a pas changé, la grille que franchit le chancelier a, maintenant, disparu.

Hitler n'a jamais caché son admiration pour Napoléon. Il compte bien, d'ailleurs, égaler ses conquêtes. Lors de sa visite express à Paris, une visite aux Invalides était donc indispensable.
Le tombeau de Napoléon, au cœur des Invalides.

Dans la foulée du Führer, nombre de soldats visiteront le tombeau de Napoléon.
Notez que, si le dôme des Invalides est le même, le bâtiment adjacent a, de toutes évidences, connu des rénovations structurelles.

En juillet 1941, la lettre V, accompagnée du slogan "L'Allemagne gagne sur tous les fronts", apparait sur le fronton de nombreux bâtiments parisiens. Dans la réalité, ce V ne correspond à rien en Allemand (Victoire se dit Sieg, et le V fait d’avantage penser à Verloren, qui veut dire Perdu !). Il s’agit d’une mesure de contre-propagande allemande destinée à lutter contre les graffitis qui fleurissent, cette année-là, à travers la capitale. Le V peint hâtivement sur les murs (et particulièrement sur les affiches allemandes) est une référence directe à Winston Churchill brandissant l’index et le majeur pour former le V de Victoire. Bref, les graffitis deviennent des actes de résistance.
L'Assemblée Nationale et le Palais Bourbon ont meilleure mine délestés de la propagande nazie.

Nous en reparlerons plus bas, mais outre la radiodiffusion d’un discours d’Adolf Hitler devant le Reichstag le 19 juillet 1940, la Chambre des députés servira aussi de lieu de tournage au film de propagande Les Forces occultes par Paul Riche, en 1942. Enfin, la Galerie des fêtes de l’Assemblée Nationale servira au jugement de 7 jeunes résistants communistes. Ce procès est particulièrement notable car il s’agit de l’un des trois seuls procès publics qui se sont tenus, durant l’Occupation. Les sept inculpés seront exécutés le 9 mars 1942 au Mont Valérien.

A l’arrivée des Allemands la Chambre des députés a abandonné le Palais Bourbon pour Tours, puis Bordeaux, pour enfin se s'établir à Vichy. Une partie de l’administration du «Gross-Paris», l’état-major de la Luftwaffe et les services des «questions juives», réquisitionnent le palais Bourbon à partir de juillet 1940.     L’armée allemande utilisera, notamment, l’hémicycle pour la retransmission radiodiffusée de discours du chancelier Adolphe Hitler. La photo montre l’hémicycle décoré aux couleurs du régime national-socialiste. On notera le buste en bronze du Führer posé sur la tribune, à l’occasion de la première retransmission de son discours devant le Reichstag – siège du Parlement allemand – le 19 juillet 1940. La salle des séances sera utilisée 17 fois principalement pour des discours mais aussi pour une séance de cinéma réservée aux officiers supérieurs allemands.

A l'heure actuelle, l'hémicycle du Palais Bourbon a retrouvé sa sérénité.

Deux soldats de la Wehrmacht s'offrent une photo souvenir de leur séjour à Paris.
Même en travaux, le perspective de la rue Saint Dominique reste toujours aussi impressionnante.



8EME ARRONDISSEMENT


Le 14 juin 1940, deux jours après l'entrée des premières troupes allemandes de la 9ème Infanterie Division à Paris, la «Parade de la victoire» allemande se déploie entre la place de l'Etoile et la place de la Concorde.
Les Champs-Elysées sont nettement plus beaux, aujourd'hui, débarrassés des troupes allemandes.
Paris est déclarée ville ouverte, rendue sans combattre, afin de préserver la capitale et de lui éviter le sort de Rotterdam (traduisez : être rayée de la carte). 
Photo de propagande exposant un officier de police se montrant fort amical avec des auxiliaires féminines de l'armée allemande.
Finie la propagande devant l'Arc de Triomphe.

La défaite française illustrée en une image. Epouvantable.
Un soldat allemand surveille l'exode des parisiens fuyant devant eux. En effet, à l'arrivée des troupe du IIIème Reich, la capitale se vide rapidement de ses occupants. Sur les 3 millions de parisiens il n'en reste que moins du tiers ! (Il n'y a pas de chiffre précis, mais l'on parle de 700.000 habitants restant dans la capitale). Sans surprise, c'est surtout la partie ouest de la capitale qui a été la plus marquée par cet exode. Plus fortunés, les habitants de beaux quartiers pouvaient, en effet, se retirer dans leurs résidences secondaires. L'est de Paris, plus populaire, a été moins impacté (et pour cause : les habitants n'avaient pas d'autre choix que de rester). Quoi qu'il en soit, cette migration ne durera pas. La plupart des Parisiens finiront par rentrer chez eux ! Où fuir puisque toute la France est occupée ? 
La perspective de l'avenue de la Grande Armée.

 Durant la seconde guerre mondiale, les femmes n'étaient officiellement pas des soldats combattants, mais elles ont, cependant, servi dans l'armée allemande sous le statut d'auxiliaire (Helferinnen).
La tombe du soldat inconnu.

Nouvelle photo de Raoul Minot avec son commentaire acerbe.
La place de l'Etoile avec les Champs-Elysées, dans la perspective.

"Le Bolchevisme contre l'Europe" est une exposition qui se tient à Paris, et en province, pendant l'Occupation allemande. Elle entend dénoncer le "fléau du Communisme" tout en vantant les mérites du IIIème Reich, supposé nous en protéger.  Elle se tiendra Salle Wagram, à compter du 1er mars 1942.
Les Champs-Elysées et sa vue imprenable sur l'Arc de Triomphe.

Le Cirque Albert Rancy s'installe au Grand Palais de novembre 1943 à mai 1944.
Le cirque ne passe désormais plus au Grand Palais.

Le 14 juin 1940, le drapeau à croix gammée est hissé sur le toit du Grand Palais. Ce lieu devient la vitrine du gouvernement de Vichy : les expositions et événements qu'il abrite sont à la gloire de la collaboration entre la France et l'Allemagne nazie. La première exposition ouvre ses portes le 31 mai 1941. Intitulée "La France européenne", elle a pour but de présenter l'avenir agricole de la France dans l'Europe nazie. On y voit, notamment, une ferme et ses dépendances installées sous la nef.
L'entrée latérale du Grand Palais

Se reposant sur l’existence d’un complot mondial judéo maçonnique, le gouvernement de Vichy organise, notamment, une exposition itinérante, inaugurée en octobre 1940, au Petit Palais, présentant un ensemble d’objets saisis dans les loges maçonniques, objets habilement présentés pour frapper l’opinion. Tout d’abord intrigués, les parisiens se détournent bien vite de cette propagande malsaine. 
Le Petit Palais actuellement.

Le Poste parisien est une station de radio généraliste privée ayant commencé à diffuser à compter de 1924. Elle cesse ses émissions à l'entrée de la Wehrmacht dans la capitale, et saborde ses installations techniques. Ce qui n’empêchera pas les allemands de réquisitionner les locaux pour créer une nouvelle radio propagandiste.   
A compter de juin 1981, à la faveur de l'explosion des radios libres, le Poste Parisien renait de ses cendres et commence à émettre depuis le siège de ses studios historiques au 116 bis, avenue des Champs-Élysées. Après un changement de nom en TOP101 (par rapport à sa fréquence de diffusion, sur 101MHz) en 1985, Elle devient finalement Europe 2, à compter de 1994. 

Le «Jeune Front» a été fondé au début de l’occupation par Robert Hersant (oui, oui, le futur député européen et futur propriétaire du Figaro). Il s’agit d’un groupuscule pronazi, gravitant autour du Parti français national-collectiviste. Il distribue notamment le journal antisémite «Au Pilori» généreusement subventionné par les autorités allemandes. Ce «Jeune Front» est la section de jeunesse (16-21 ans) des «Gardes françaises».
Le «Jeune Front » de Robert Hersant se situait au 28, avenue des Champs-Élysées.
Avec ces panneaux dans la langue de Goethe, les soldats allemands ne risquaient (malheureusement) pas de se perdre.
La Place de la Concorde délestée de ses panneaux indicateurs.

La relève de la garde devant l'hôtel Crillon, le 7 octobre 1940. L'hôtel était le siège du Haut commandement allemand de la France occupée.
Le service d'ordre de l'hôtel Crillon, place de la Concorde, semble veiller à ce que les uniformes nazis ne reviennent plus.

Nouvelle photo de Raoul Minot, dont on aperçoit l'ombre projetée au sol. 
On ne saura jamais vraiment ce que regardaient l'officier et la dame de la photo précédente, mais on sait au moins où ils se trouvaient : devant la fontaine des Fleuves, Place de la Concorde.

Retour à la visite éclair d'Hitler à Paris. On voit sur cette photo l'escorte du Führer, et, notamment, un photographe au premier plan. 
La perspective des Champs-Elysées, vue depuis la Place de la Concorde.

Je ne sais pas qui est la femme au milieu de la photo, mais elle fait manifestement sensation auprès des soldats.
Les soldats de la Wehrmacht en visite à Paris. La photo ayant été, de toute évidence, volée, il faut souligner que le photographe a risqué sa vie pour prendre ce cliché.
La fontaine des Mers, place de la Concorde.

La femme au centre de la photo semble écœurée par le regard libidineux du soldat allemand à gauche. On la comprend.
La rue Royale, de nos jours.

Une photo de propagande montrant des soldats allemands fort avenants avec une femme (française ?)
La sortie du métro Concorde faisant face à la rue Saint Florentin.
Une des nombreuses stations de métro reconvertie en abri anti aérien.
L'abri d'autrefois est redevenu une anonyme sortie de métro (située à courte distance de la photo précédente).

Nouvelle photo de propagande montrant les armées victorieuses défilant devant quelques gradés.
La place de la Concorde, avec la rue Royale dans la perspective.

Photo de Robert Doisneau en 1940.
La place de la Madeleine a, depuis l'époque, été totalement remaniée.

Lors de sa visite éclair, le 23 juin 1940, Hitler paie une visite à l'église de la Madeleine.
Les marches de l'église de la Madeleine, de nos jours.
Après la visite du petit moustachu, c'est open bar dans l'église pour les soldats allemands, exactement comme dans le reste de Paris d'ailleurs.
A la déclaration de guerre de septembre 1939, la Compagnie du Métro Parisien (CMP), l'ancêtre de la RATP, décide de suspendre l'exploitation de certaines lignes, dont celles établies en parties aériennes, par crainte des bombardements. La longueur du réseau exploité est réduite de 159 à 93 Km, tandis que seules 85 stations restent ouvertes sur les 235 en service à l'époque.
Contrairement aux apparences, la station Madeleine est toujours ouverte. En revanche, les travaux du quartier (on en reparle plus bas) gâchent quelque peu la perspective.

« Aux Trois-Quartiers » était un grand magasin de nouveautés, créé en 1829.
« Les 3Q » vus, depuis la rue du Chevalier de Saint-George, étaient initialement conçus sur le même principe que Le Bon Marché ou la Samaritaine. Le magasin verra progressivement sa popularité décroitre. Il sera réduit à un centre commercial de deux étages. Comme vous pouvez le voir, il est actuellement en totale rénovation.

L'essence, tout comme le reste, étant rationnée, les taxis motorisés ont disparu, remplacés par des vélos-taxis ! Ils resteront en activité jusqu'au printemps 1945
Les vélos-taxis ont désormais disparu, au Rond-Point des Champs-Élysées - Franklin D.Roosevelt, même si on peut parfois voir passer des tuktuks !

Le cinéma "Madeleine" a été construit en 1918 et comptait 800 places. A une époque où les parisiens ont du mal à se chauffer, les salles de cinémas sont aussi fort prisées pour leur chaleur et leur confort ! (Photo © André Zucca / BHVP / Roger-Viollet)
Le cinéma a fermé ses portes en 1980. Il a été remplacé par une boutique au 14, boulevard de la Madeleine.

Les troupes allemandes défilent, guidées par un officier à cheval.
Plus personne ne défile au pas de l'oie devant l'église Saint Augustin.

Cette photographie, prise en juin 1940, montre le général Hugo Sperrle, commandant de la 3e flotte aérienne allemande (Luftflotte 3) et son officier d'état-major. Il fut une figure de proue de l'armée allemande en France, jusqu'à ce qu'il soit limogé par Hitler, en août 1944.

Le général remontait la rue Boissy d’Anglas.

Photo prise par Raoul Minot, le 4 août 1940. Si, comme nous l'avons vu, des vélos-taxis occupaient les Champs-Elysées, devant la Gare Saint-Lazare, les nouveaux "taxis" étaient encore plus rudimentaires.
La cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare.



Ici se termine la première partie de mon article, je vous donne rendez-vous très bientôt pour les 12 arrondissements suivants.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire