dimanche 27 septembre 2026

LE PARIS DE GUSTAVE CAILLEBOTTE

 Article écrit à quatre mains par Patrick 6 et Françoise M.


Les deux œuvres emblématiques de l'Art Institute of Chicago sont, très certainement, signées Edward Hopper et Gustave Caillebotte. 
La première date de 1942 et se veut, selon les propos de l'artiste, la peinture de la solitude dans une grande ville. Il s'agit de Nighthawks qui s'inspire d'un diner qu'Hopper avait vu à New-York, dans Greenwich Avenue.
La seconde date de 1877: il s'agit de Rue de Paris, temps de pluie.
Caillebotte y a représenté une intersection parisienne, proche de chez lui.
La vision de Paris est réaliste et constitue une excellente introduction au Paris du 19ème siècle, d'une certaine manière encore le nôtre.
Aussi avons-nous voulu partir de cette toile pour découvrir le Paris de Gustave Caillebotte.


Rue de Paris, temps de pluie, le chef d'œuvre de Caillebotte.
La place du Dublin, de nos jours. Bien que les immeubles haussmanniens soient toujours en place, le carrefour est cependant méconnaissable : la chaussée a été totalement réaménagée (disparus les pavés !) et des arbres intempestifs ont poussé au milieu de la place. Détail amusant : la pharmacie du tableau est toujours en place de nos jours !

La toile de Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, porte témoignage sur la ville que les travaux du baron Haussmann, préfet de Paris, ont façonnée, peu à peu.
Les grands chantiers, menés de 1853 à 1872 dans la capitale (40 ans après ceux de Londres qui ont inspiré Napoléon III, leur ordonnateur) ont créé un nouveau cadre de vie.


Si l'on regarde les vêtements des personnages représentés ici, il apparaît clairement qu'ils appartiennent à la bourgeoisie, à l'exception de l'ouvrier et de la servante, en tablier, en arrière plan.
Un détail est significatif : l'abondance des parapluies et, surtout, leur forme. En effet, la forme du parapluie qu'on connaît aujourd'hui (une armature entourée de baleines en acier) date de 1852 et son inventeur, le britannique Samuel Fox, fit fortune avec. En 1877, le parapluie est donc un accessoire onéreux que peu peuvent s'offrir.

Avant de nous attacher à l'endroit où la scène montrée a lieu notons que l'homme du couple du premier plan ne porte pas d'alliance tandis que sa compagne arbore une splendide boucle d'oreille (vraisemblablement un diamant ou une perle).


Les lieux représentés sont facilement identifiables : ils sont situés dans le quartier de l'Europe de Paris (soit dans le 8ème arrondissement), dont les rues portent souvent le nom de villes européennes.


Nous sommes place de Dublin, avec la perspective de la rue de Moscou (à gauche), la rue Clapeyron (au centre), une partie de la rue de Turin (à droite). L'amorce de la rue de Saint Petersbourg (à l'extrême droite) est suggérée.
La place actuelle est la même (à l'exception, répétons-le, des pavés bitumés et des arbres ayant poussé depuis).


Ce tableau correspond au cahier des charges du préfet Haussmann : de larges avenues, des immeubles hauts de 6 étages (avec balcons filants aux 2ème et 5ème étages).
Notons que le réverbère qui divise l'espace de la toile est un modèle qui date de 1830, modèle disparaissant peu à peu des arrondissements centraux. Ce réverbère, dans une représentation du Paris contemporain de Caillebotte peut s'expliquer par la situation alors périphérique du quartier (la barre horizontale, soudée à droite, sous la lanterne et terminée par un crochet permettait d'appuyer une échelle pour allumer et éteindre le réverbère, voire le réparer.)



Cette carte postale de 1908 montre l’emplacement où se tenait Caillebotte pour réaliser son œuvre. Le photographe tourne, en effet, littéralement le dos à la toile du peintre. 
A noter que, comme indiqué sur la carte postale ci-dessus, la place de Dublin s'appelait autrefois le carrefour de Moscou. Le changement d'appellation est intervenu en 1864. 



Caillebotte avait sélectionné cette œuvre parmi les six qu'il présenta à la troisième  exposition des impressionnistes de 1877 (exposition qu'il avait en grande partie organisée et, surtout, financée).

Une autre de ses œuvres, dans cette exposition, nous conduira un peu à l'ouest de la place de Dublin, dans le quartier de la Gare Saint-Lazare : il s'agit du Pont de l'Europe. (Monet, lui, parmi les 35 toiles qu'il présenta à cette exposition, fit figurer sa série sur cette même gare). 


Au centre du tableau, Caillebotte se représente lui-même en flâneur à haut de forme, proche d'une femme. Le flâneur regarde peut-être la passante ou le pont lui-même ou l'ouvrier (qu'on reconnaît à sa blouse de travail) qui, lui, accoudé au parapet, contemple les voies ferrées ou le pont. Un autre ouvrier, également identifiable par ses vêtements, est vu de dos puisqu'il s'éloigne. A l'arrière-plan, ses pantalons rouges permettent de reconnaître un soldat. Le monde animal n'est pas oublié puisqu'un chien introduit le spectateur à la scène. 
Le pont de l'Europe relie peut-être les différents quartiers mais les différents personnages, eux, se croisent sans autre lien qu'une coexistence toute passagère.
De nos jours, le pont de l'Europe a totalement changé. Dans les années 1960-1970, lors des travaux de modernisation de la gare Saint Lazare, le pont cher à Caillebotte a été démoli et remplacé par une structure plus fonctionnelle (mais pas forcément plus belle). A noter que si la perspective de la rue de Saint Pétersbourg, reste reconnaissable, les bâtiments que l'on aperçoit au bout à gauche ont cependant disparu ! Et pour cause : l'immeuble initial du 1, rue de Saint Pétersbourg, a été détruit en 1931 pour faire place au Palais des Expositions Citroën (lui même détruit par la suite). 


En 1877, le pont de l'Europe est une construction très récente, de la fin des années 1860 : c'est un grand ouvrage d'architecture métallique qui domine les voies ferrées de la Gare Saint-Lazare (situées à droite, en contrebas, sur la toile de Caillebotte). Ce pont permet de relier entre eux plusieurs quartiers de Paris, lesquels étaient séparés les uns des autres par ces mêmes voies.

Comme pour Rue de Paris, temps de pluie, le format du tableau est un grand format, un de ceux réservés traditionnellement aux sujets nobles, à la "peinture d'Histoire" : l'adopter c'est indiquer que l'Histoire se déroule sous les yeux des spectateurs.
Caillebotte, habitant dans le quartier de l'Europe, voit les nouvelles avenues, les nouveaux immeubles mais voit aussi les gares devenir un des éléments essentiels du projet d'Haussmann qui veut favoriser la circulation, à l'intérieur de Paris, mais, aussi, depuis et vers Paris.


Carte postale de 1900 montrant l'autre côté du pont de l'Europe.
Ce côté-ci du pont de l'Europe a, lui aussi, été totalement modifié. La perspective des immeubles reste cependant identique.

Le pont de l'Europe, sous un autre angle, vu par Caillebotte.
Osera t-on dire que c'était mieux avant ?


La croissance du réseau de chemins de fer dans un Paris en pleine urbanisation éveille, à partir des années 1870, l'intérêt des peintres non académiques, pour lesquels c'est là un sujet de fascinante modernité.

La gare Saint-Lazare, qui date du règne de Louis Philippe, doit être agrandie pour faire face à son succès. L'architecture métallique fait son apparition et remplace les structures en bois.
 

Vue de la gare Saint Lazare en 1900.
Désormais, scooters, autos et trottinettes ont remplacé fiacres et chevaux devant la gare Saint Lazare.


On connaît la fascination de Monet qui propose une série de 12 toiles à la même exposition de 1877. Caillebotte, pour sa part, outre la toile Le pont de l'Europe et deux esquisses, consacre encore une toile (dont nous avons vu la reproduction) à cet emblème de la modernité.

Enfin, l'ultime tableau que Caillebotte situe à Paris, au cours de cette troisième exposition impressionniste est Les peintres en bâtiment, réalisé en 1877.
 
 
Des peintres en bâtiment en pleine action.
Le lieu exact où se déroule cette scène n'a jamais été clairement identifié. Par contre, le 16, rue de Lisbonne constitue un suspect idéal par sa proximité immédiate avec l'appartement de Caillebotte.


Si l'on suit certains critiques, ce serait en face de l'hôtel particulier de la famille Caillebotte que le peintre aurait observé ces artisans qui repeignaient la devanture d'un caviste.

Cette toile s'inscrit dans une série d'œuvres où les travailleurs manuels sont évoqués directement ou indirectement.
La plus célèbre est, bien évidemment, Les raboteurs de parquet, peinte l'année précédente, et, selon la tradition, résultat d’observation de travaux dans l'appartement familial.


Amis parisiens, si vous avez une photo à nous proposer de vos parquets haussmanniens, vous êtes les bienvenus !


Là où l'effort physique est mis en valeur dans Les raboteurs de parquet, c'est le travail de réflexion qu'il présuppose qui apparaît surtout dans Les peintres en bâtiment. C'est aussi qu'avec l'afflux des travailleurs nécessaires pour les travaux haussmanniens, le prolétariat urbain est devenu plus visible, y compris pour les peintres de la modernité. Certes, Millet avait peint les travaux des champs, Courbet (en particulier dans Les casseurs de pierre, toile disparue lors des bombardements de Dresde, en 1945) s'était penché sur les misères des travailleurs, mais Caillebotte, comme Degas et ses Repasseuses, montre le travail des ouvriers avec objectivité, sans que ce soit un jugement ou un manifeste politique.

L'hôtel particulier que le père de Gustave Caillebotte, Martial, a fait construire se situe au 77, rue de Miromesnil, à l'angle de la rue de Lisbonne, sur un terrain qu'il a acheté. Cet hôtel particulier, Gustave Caillebotte y vivra, à partir de 1867 jusqu'en 1879. C'est depuis les balcons de cet immeuble qu'il peindra certaines de ses vues de Paris les plus connues.

Si le quartier de l'Europe bien de son quartier de résidence et de prédilection, il n'y est cependant pas né. Son lieu de naissance est, en effet, le 160, rue du Faubourg Saint-Denis (le 19 août 1848).


La rue du faubourg Saint-Denis en 1900.
La rue du faubourg Saint-Denis, à la hauteur du numéro 71, de nos jours.


Son père est "entrepreneur du service des lits militaires", associé dans une entreprise qui entretient et fabrique des lits et des couvertures pour l'armée.

Ateliers, entrepôts, lavoir et machine à vapeur se trouvent au 152, de la rue du Faubourg Saint-Denis.
Isolés par un jardin de la fabrique, Martial Caillebotte et les siens résident dans un vaste pavillon.

Tous les bâtiments seront démolis en 1868, au cours d'une vaste opération immobilière dont Martial Caillebotte est partie prenante et qui lui permet de devenir propriétaire d'immeubles de rapport rue des Deux-Gares et rue d'Alsace et acquéreur du terrain rue de Miromesnil.

Grâce à son statut de fournisseur officiel de l'armée et aux spéculations immobilières liées aux travaux d'Haussmann, Martial Caillebotte est devenu extrêmement riche. 

Gustave Caillebotte, avant de pouvoir se consacrer à la peinture, doit suivre, selon la volonté paternelle, des études de droit. Il est ensuite mobilisé, en juillet 1870, lors de la guerre franco- prussienne et intègre la garde nationale mobile de la Seine, attachée à la défense de Paris. Il est libéré de ses obligations militaires en mars 1871, à l'orée de la Commune de Paris. Démobilisé, il rentre alors dans l'atelier de Léon Bonnat, 30, avenue de Clichy, puis, reçu au concours de l'école des Beaux-Arts de Paris, n'y reste que fort peu de temps.

Dans sa fratrie, Gustave est essentiellement proche de Martial (avec lequel il partage les passions de la voile, l'horticulture et la philatélie). Ce dernier, après s'être marié en 1887, découvrira la photographie, grâce à son beau-frère, Maurice Minoret. Comme Gustave, Martial s'intéresse à l'art : mais, lui, est musicien, pianiste et compositeur. Il compose, en particulier, de la musique religieuse, dédiée à son demi-frère, Alfred, curé de Notre-Dame-de-Lorette (fils d’un précédent mariage de Martial Caillebotte, père).

Le troisième frère de Gustave et Martial, René, est représenté par Gustave Caillebotte, debout, de dos, les mains dans les poches, contemplant, depuis sa fenêtre, le spectacle de la ville, en contrebas de son balcon : c'est Le jeune homme à sa fenêtre (1876) fasciné par le spectacle de la rue, le passage d'un fiacre, la démarche d'une passante, le boulevard Malesherbes, au loin, en oblique.


Le jeune homme à sa fenêtre, le frère du peintre. Déjà, dans cette toile de jeunesse, Gustave Caillebotte montre, outre le regardeur et le spectacle qui s'offre à lui, le lieu de l'observation : encadrement de la fenêtre, balcon, balustrade.


Il nous a été malheureusement impossible, de reproduire le tableau de Caillebotte, d'une part, car nous ne voulions pas troubler la tranquillité des habitants des lieux et, d'autre part, la façade de l'immeuble a été totalement remaniée et les fenêtres ont été changées (ce qui explique, notamment, que la balustrade visible sur le tableau n'existe plus de nos jours). En résumé, cette fenêtre n'existe plus et la vue n'est plus reproductible. En revanche, nous pouvons, au moins, vous présenter le lieu lui-même, situé au coin du 77, rue de Miromesnil et de la rue de Lisbonne. 

Une plaque commémorative indique le lieu de résidence du peintre.


Le Paris post-haussmannien continue de fasciner Gustave Caillebotte : ainsi dans la toile Rue Halévy, vue du sixième étage (1878), on peut apercevoir le toit caractéristique de l'Opéra Garnier qui, dans le projet d'Haussmann, devait être le joyau de la ville rénovée.  


Rue Halévy, vue du 6ème étage (1878)
Comme pour la toile Le jeune homme à sa fenêtre, il ne nous a pas été possible de reproduire la vue du tableau. A défaut, il faudra vous contenter du panorama visible depuis la terrasse du Printemps. On aperçoit les statues dorées de l'Opéra Garnier dans la toile de Caillebotte et sur cette photo.


Napoléon III tenait particulièrement à l'édification de l'Opéra Garnier. Il ne le verra cependant pas achevé : après la défaite de Sedan de 1870, il part en exil en Angleterre jusqu'à sa mort (1873). C'est le président Mac Mahon qui inaugure la salle Garnier en 1875.


Le parc Monceau, La place Saint-Augustin, temps brumeux, et La caserne de la Pépinière (toutes trois de 1878) permettent de s'immerger dans cette partie de Paris que le peintre connait particulièrement.


Dans le cadre de la politique d'espaces verts voulue par Napoléon III, le bois de Boulogne et le bois de Vincennes furent créés, ainsi que le parc Montsouris et les Buttes Chaumont. Le parc Monceau, ancienne propriété du duc d'Orléans fut, lui, aménagé en lieu ouvert au public (à partir de 1861) grâce au paysagiste Alphand et à Gabriel Davioud qui créa les entrées monumentales du parc, avec leurs grilles dorées.

Le Parc Monceau n'a pas tant changé que cela ce dernier siècle !

Seconde toile, Parc Monceau, de 1878.
Malgré de grands efforts, nous n'avons pas retrouvé la pierre représentée par le peintre. Des gardiens du parc interrogés à ce sujet ne reconnaissent pas non plus cette "statue". A défaut, nous avons choisi d'illustrer cette toile par cette étrange pierre... Même si elle n'est manifestement pas la même.

La Place Saint-Augustin par temps brumeux (1878).
La place Saint-Augustin, sans son filtre impressionniste, est méconnaissable.
La Caserne de la Pépinière (1878).
Les plus attentifs d'entre vous auront noté que le côté gauche de la place Saint-Augustin est totalement différent de celui présenté sur le tableau. Et pour cause ! Le Cercle National des Armées a été construit en 1927, changeant au passage, la physionomie de la place.

Après la mort de René et de leurs parents, Gustave et Martial revendent l'hôtel particulier de la rue de Miromesnil et une propriété familiale à Yerres. Ils s'installent tous deux au 31, boulevard Haussmann dans un appartement qu'ils louent tout d'abord avant de l'acheter. Le 31, boulevard Haussmann se trouve derrière l'Opéra Garnier, et l'appartement, lui, était au 3ème étage, à l'angle du boulevard Haussmann et de la rue Glück.


Percée à partir de 1864, l'avenue de l'Opéra voit ses travaux interrompus par la guerre de 1870 (et la Commune qui s'ensuivit) puis repris en 1876. Elle est finalement achevée vers 1877. 
L'avenue de l'Opéra, telle que nous la connaissons, a été achevée vers 1877, avec les derniers immeubles construits jusqu'en 1879.

Ayant hérité d'une fortune, les frères Caillebotte sont à leur tour, immensément riches. Ils continuent à partager l'appartement du boulevard Haussmann jusqu'en 1887, donc jusqu'au mariage de Martial et de Marie Minoret. Cette dernière, fervente catholique, n'accepte pas de voir le couple illégitime, puisque non uni légalement et religieusement, que forme Gustave avec Anne Marie Hagen (dite également Charlotte Berthier). Les deux frères continuent de se voir mais cessent de cohabiter.

Martial et sa famille s’installent 9, rue Scribe et Gustave ira vivre définitivement au Petit Gennevilliers où il pourra plus facilement se livrer aux plaisirs du canotage et de l'horticulture.


La rue Scribe, le nouveau lieu d'habitation de Martial Caillebotte.
La rue Scribe de nos jours.


Le peintre garde, toutefois, un pied à terre à Paris, au 29, du boulevard Rochechouart et continue à voir ses amis, les peintres impressionnistes, une fois par mois, au café Riche (lequel était situé  à l'angle du 16, boulevard des Italiens et de la rue Le Peletier. Le lieu deviendra, par la suite, une banque.)

Lorsque Gustave Caillebotte meurt, à 54 ans, au Petit Gennevilliers, ses funérailles ont lieu à Paris, dans l'église Notre-Dame de Lorette, paroisse dont Alfred, son demi-frère, a toujours la charge.


L'église Notre-Dame de Lorette en 1903.
A part les fiacres, rien n'a changé dans la perspective de l'église Notre-Dame de Lorette.


Il est enterré au cimetière du Père Lachaise.

Le marchand Paul Durand-Ruel, qui a longtemps combattu avec Gustave Caillebotte pour faire connaître la peinture impressionniste, organise, dans ses galeries, 16, rue Laffitte et 11, rue Le Peletier, une rétrospective posthume rassemblant, trois mois après son décès, plus d'une centaine d'œuvres. L'exposition dure deux semaines et une demi-douzaine d'œuvres sont achetées mais les vues urbaines n'intéressent pas les acheteurs.


La rue Laffitte vue depuis le boulevard des Italiens.
Aussi incroyable que cela paraisse aucun des bâtiments de chaque côté de la rue Laffite n'a survécu depuis la photo d'époque !


Dans un premier temps, en particulier après  le "legs Caillebotte", celui-ci sera reconnu comme mécène mais non comme artiste.

Gustave Caillebotte, riche héritier et ami de plusieurs peintres impressionnistes (en particulier Monet et Renoir) pouvait aider ceux-ci matériellement. Ainsi, il loue un appartement pour Claude Monet, près de la gare Saint Lazare, lui fournit les sommes nécessaires à l'achat de matériel de peinture.

Nous avons brièvement évoqué son rôle essentiel pour la troisième exposition impressionniste, celle de 1877, au 6, de la rue Le Peletier, non loin de la galerie du marchand Paul Durand-Ruel : Gustave Caillebotte trouve le lieu d'exposition (le premier étage d'une maison en réparation, louée pour la circonstance), finance en très grande partie l'événement, tout en s'occupant de l'organisation et de la publicité.

Mais, outre cette action ponctuelle, il achète des toiles aux impressionnistes (y compris à Degas dont il apprécie le talent même s'ils ont des rapports conflictuels).


La rue Le Peletier en 1900.
Le 9, rue Le Peletier est actuellement en travaux. La devanture reste, cependant, reconnaissable.


Dès ses 28 ans, en 1876, deux jours après la mort très prématurée de son frère René, il rédige un premier testament qu'il complétera en novembre 1883. A sa mort, il laisse, derrière lui, une importante collection d'œuvres impressionnistes (plus de 70) et son testament stipule qu'il lègue cette collection à l'État mais que les œuvres (parmi lesquelles figurent 5 Cézanne, 7 Degas, 16 Monet, 8 Renoir) ne peuvent être exposées qu'au musée du Luxembourg (alors, lieu d'exposition des œuvres contemporaines), puis, ultérieurement, au Louvre .

Gustave Caillebotte meurt le 21 février 1894. Dès le 11 mars, Renoir, exécuteur testamentaire,  annonce au directeur des Beaux-Arts le legs et ses conditions. Renoir et Martial Caillebotte sont informés que l'exiguïté des salles du Luxembourg ne permet pas de montrer l'ensemble de la collection.

A la suite d'une longue bataille juridique et médiatique, puisque la presse est partie prenante, le legs est finalement accepté en 1895 par l'Etat.

Gustave Caillebotte est désormais célèbre... Mais, essentiellement, en tant que mécène éclairé.

Son talent de peintre sera peu à peu reconnu, à partir des années 1970, et la reconnaissance partira des Etats-Unis où nombre de ses toiles avaient été achetées par des collectionneurs. Une exposition, en 1976, à Houston et Brooklyn contribue grandement à la réévaluation de sa peinture.

Le réalisme urbain de ses toiles parisiennes, ses angles de vue (qui apparentent son art à la photographie et au cinéma), son découpage de l'espace, en même temps que sa suggestion de la solitude au cœur de la ville, en font désormais le prophète du courant "réaliste" américain.

Il n'est donc que justice que Gustave Caillebotte et Edward Hopper se partagent les cimaises de l'art Institute of Chicago. 


Gustave Caillebotte photographié par son frère, Martial, dans la cour du Louvre.





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